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Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo
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  • Persistance des violations de droits de l’homme au Togo :

A QUAND LA FIN DE LA CULTURE DE L’IMPUNITE ?

9 avril 2010, par La Rédaction

A QUAND LA FIN DE LA CULTURE DE L’IMPUNITE AU TOGO ?

par Brice Koami HOUNKPATI, tel : + 228 982 23 92 Email : bricekomik@yahoo.fr

A quand la fin de l’impunité au Togo ? Telle est la grande interrogation qui trottine dans la tête des populations togolaises et qui leur brûle incessamment les lèvres. L’histoire du Togo est marquée par des épisodes de violations graves de droit de l’homme dont on parle peu. Si pour le gouvernement togolais ces faits sont oubliés, les populations en sont stigmatisées à jamais. La simple évocation de certains noms ou de certaines dates à l’instar de la lagune de Bè, du Fréau jardin, du 05 Octobre ou encore d’Avril 2005 fait penser à des horreurs et à l’animosité humaine. N’est-on pas en train de donner raison à Thomas HOBBES lorsqu’il affirmait que « l’homme est un loup pour l’homme » ? Et pourtant l’on est au XXIe siècle, siècle où les principes fondamentaux de la démocratie et du droit de l’homme sont connus de tous.

Tous ces événements sont restés impunis et les responsables continuent à circuler librement et à narguer encore les victimes et à les écraser comme une coquille d’œuf sans être inquiétés. C’est conscients de cette ombre funeste du passé qui plane sur le pays et étouffe tout effort de développement que les acteurs politiques togolais ont signé en 2006 à Ouagadougou l’Accord Politique Global (APG) qui a semblé décrisper l’atmosphère politique et a conduit progressivement d’une part les acteurs politiques à une élection législative anticipée en 2007 que certains observateurs ont jugé « transparente et crédible » et d’autre part à la création de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) pour faire la lumière sur les malheureux événements qui ont colorié la vie sociopolitique du Togo depuis 1958 jusqu’en 2005, le point culminant des violences et violations des droits de l’homme. La lueur d’espoir qui a éclairé le visage des togolais suite à la création de la CVJR est rapidement éteinte par le manque de volonté réelle des acteurs politiques. Ladite commission qui devrait baliser la voie de réconciliation n’a rien fait avant l’élection présidentielle du 04 Mars 2010. Il faut simplement y voir le manque de volonté réelle de la part des gouvernants. Cette analyse est d’autant plus fondée dans la mesure où le gouvernement togolais avait lui-même mis en place une commission nationale d’investigation dirigée par Joseph Kokou KOFFIGOH et qui, après de « sérieuses enquêtes », a fait état de 150 morts. Or cette commission a précédé à la création de la CVJR, pourquoi ne pas traduire en justice ces auteurs épinglés par cette commission de Koffigoh et pourquoi tarde t-elle l’instruction des plaintes déposées par CACIT (Collectif des Associations contre l’Impunité) ? La conclusion qui s’impose est que l’impunité persiste au Togo.

La présidentielle de 2010 n’a fait que corroborer cet état inquiétant des choses. L’élection du 04 Mars a été un fiasco total et a traduit de façon clair et limpide le manque de volonté politique du gouvernement togolais qui, semble t-il, est hanté d’une boulimie du pouvoir. L’on a encore assisté à cette occasion à une vague de violations de droits de l’homme.

Ces violations peuvent être résumées comme suit :
- A quelques jours de l’élection, certains responsables politiques de l’opposition ainsi que du MCA (Mouvement Citoyen pour l’Alternance) ont été arrêtés et déférés à la prison civile de Kara sans motifs valables. Ces arrestations se sont intensifiées après la proclamation des résultats provisoires du scrutin le 06 Mars.
- Les marches pacifiques organisées par le FRAC pour contester la "réélection" de Faure Gnassingbé à l’issue du scrutin de 2010 sont souvent réprimées par les agents de la FOSEP alors qu’ils sont censés garantir la sécurité des populations civiles avant, pendant et après l’élection. A tout cela viennent s’ajouter tour à tour les événements du siège de l’UFC, de Tsévié et de Tchamba. En effet, le 24 mars 2010, une veillée de prière organisée par le FRAC au siège de l’UFC, principal parti de l’opposition, a été étouffée par des gaz lacrymogènes faisant une centaine de blessés parmi lesquels l’on a dénombré des personnes âgées. La récidive a été orchestrée à Tsévié et à tchamba le Samedi 03 Avril 2010 alors que les manifestants marchaient pacifiquement. Tout ceci amène à se poser la question de savoir si l’article 30 qui garantit la liberté de manifestation pacifique a été extirpé de la constitution togolaise sans que le peuple en soit informé. Personne ne cherche à identifier et à sanctionner les responsables de ces actes. Pourquoi ? C’est une situation déplorable pour un Etat de droit !

L’on pourrait également se poser la question de savoir pourquoi jusqu’alors le chef de l’Etat, détenteur de la clé de voûte de toutes les institutions et incarnant la magistrature suprême, se contente de jouer à un jeu et reste muet sur ces faits qui l’interpelleront demain. Ah ! J’ignorais, il est entrain de regretter d’avoir dit que plus jamais la politique ne versera du sang au Togo. « On lie les bêtes par les cornes, les hommes par la parole » dit-on souvent.

Il est grand temps que l’on cesse de distraire les Togolais avec l’histoire de vérité, justice et réconciliation. Que l’on mette fin aux clowneries politiques et que l’on arrête de tailler les lois sur mesure. Dans un véritable Etat de droit ou plutôt « dans une démocratie saine, la main qui a béni peut être mordue » (D. de la Rivière). Si les autorités togolaises refusent de sanctionner les auteurs de violation des droits de l’homme, il n’y aura jamais de liberté au Togo, et la paix porterait toujours et toujours des menottes. J.J ROUSSEAU, dans son Contrat social ne disait-il pas que « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » ? Que le commandant du FOSEP soit interpellé sur ces violations de droits de l’homme perpétrées par ses agents. L’impunité, loin de s’arrêter sur l’aspect politique, s’étale sur le crime économique qui a été plus fragrant lors de la campagne électorale de 2010 au cours de laquelle certains candidats ont dépassé le plafonnement de 50.000.000 prévus par le code électoral. Mais puisque l’aspect économique de l’impunité ne fait l’objet du présent article, l’on en parlera de fond en comble dans la prochaine parution. Toutefois, que la cours des comptes prenne ses responsabilités vis-à-vis du crime économique qui s’organise partout dans le pays. Si demain le feu rouge s’allume sur le Togo, l’on vous en tiendrait tous responsables, vous qui connaissez les lois mais qui ne les appliquez pas.

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