24 juillet 2012, par La Rédaction
Dans le contexte géopolitique, l’armée désigne dans un Etat, l’ensemble des forces de l’ordre et de sécurité, ainsi que les militaires. Elle a pour rôle dans une République, de protéger les frontières de l’Etat, d’assurer la stabilité des institutions de l’Etat, le maintient de l’ordre et de la sécurité des biens et des personnes. Elle garantie l’intégrité et la protection de l’Etat contre d’éventuelles agressions. Elle participe à la résolution des crises sociopolitiques et aux opérations de maintient de la paix internationale.
Au Togo, elle a un statut apolitique et doit être soumise à la loi de la République conformément à la constitution du pays, ce qui lui revêt un caractère Républicain.
Mais dans les faits, l’armée togolaise a adopté des positions qui lui ont fait perdre toutes ces valeurs à ce juste titre qu’elle ignore le rôle qui lui est dévolu en tant qu’armée républicaine. Elle s’implique dans la politique faisant mauvais ménage avec la société civile, les autres acteurs politiques et surtout avec le processus de démocratisation en cours.
L’observation des violences politiques au Togo met en lumière le rôle des forces armées ethniquement disproportionnées et manquant du caractère républicain.
En effet, depuis le coup d’Etat du 13 janvier 1963, l’armée togolaise n’a jamais cessé de faire irruption sur la scène politique togolaise. Elle a assuré pendant des décennies le contrôle du pouvoir de l’appareil de l’Etat, réprimé les insurrections du 21 novembre 1966, la révolte des paysans surexploités de Bèna plateau en 1990, réprimé dans le sang en Janvier 1993 les grèves et les manifestations de l’opposition et le 25 mars de la même année, le Président de la République GNASSINGBE Eyadema échappa lui-même à une attaque lancée contre sa résidence par des « groupes armés ». Un an plus tôt, c’est-à dire en novembre 1992, la radio, télévision, et la primature furent occupées par l’armée. Bref, l’Armée a été présente sur toute la scène politique togolaise faisant mauvais ménage avec l’évolution du processus de démocratisation en cours.
L’accession au pouvoir du Président de la République Faure GNASSINGBE n’a pas présagée des lendemains meilleurs pour le respect des droits de l’Homme. En effet, le processus de son accession a violé la Constitution, entraînant des mouvements de contestations qui furent l’objet de répressions, d’actes de tortures, d’arrestations et de décès. Bien qu’il y ait eu des efforts louables après ces événements en matière de restauration du climat de paix dans le pardon et le respect des droits de l’Homme, la situation n’a pas évolué.
Après la publication du rapport de la CNDH – rapport qui a été au préalable falsifié - sur les allégations de torture dans l’affaire KPATCHA et co accusés et celle du rapport de la CVJR sur les exactions commises de 1958 à 2005 avec les recommandations qui s’y trouvent, on a cru que le gouvernement allait se ressaisir et de surcroit, faire respecter les droits de l’Homme en incitant la justice à poursuivre les auteurs des exactions contre la personne humaine.
Mais jusqu’alors le gouvernement n’a pris aucune mesure pour mettre en application les recommandations issues de ces rapports si ce n’est juste l’adoption de 13 mesures suite au rapport de la CNDH pour éradiquer la torture. Même si certaines de ces mesures ont été mises en place (nous pensons par exemple aux formations dispensées aux forces de l’ordre), les efforts constatés ne sont pas suffisants pour un réel respect des droits de l’Homme. Ce qui est en outre déplorable c’est que même certains auteurs de la torture ont été élevés au grade supérieur, le cas de MASSINA de l’ANR (Agence National de Renseignement). Il est à noter que depuis 2005, le Togo retombe toujours dans la triste situation d’élection, contestation, répression, torture, arrestation, violences sanglantes et impunité. La réponse du gouvernement aux manifestations du CST (Collectif Sauvons le Togo) ces derniers jours (12 ; 13 et 14 juin 2012), plus loin celles de l’ANC et surtout l’irruption des forces de l’ordre et de sécurité dans le domicile de Jean-Pierre FABRE le 14 juillet dernier illustrent bien cet état de fait. En effet, les forces de l’ordre ont procédé à un lancement de gaz lacrymogènes dans la résidence de M. FABRE, occasionnant des blessés.
En effet, toutes ces manifestations ont toujours été réprimées dans la violence occasionnant des blessés, arrestations et même des morts. En tout état de cause, la situation de droit de l’Homme au Togo n’a pas évolué malgré les quelques efforts menés par le gouvernement en se référant à l’enseignement de l’éducation civique aux forces armées et à la mise en place de la CVJR. Beaucoup reste à faire surtout en matière de lutte contre l’impunité. Dans cette nouvelle donne politique, l’Etat doit amener l’institution militaire à s’adapter au processus de démocratisation en cours au Togo, à un rythme équivalent à celui des autres institutions de l’Etat. Il doit également faire savoir à chaque élément des forces armées togolaises son rôle et sa place dans la nouvelle société démocratique.
L’armée doit, conformément à l’éducation civique enseignée dans leurs formations, se placer en dehors des formations politiques et observer une neutralité absolue, ne plus être au service d’une personne mais au service du peuple. Elle doit revoir la mentalité selon laquelle il faut exécuter avant de réclamer, en opérant que sur réquisition et en étroite collaboration avec l’administration locale pour éviter les exactions et surtout, elle doit être soumise aux lois de la République ; seul moyen amenant au respect des principes démocratiques.
Koudjovi GADJE, volontaire au CACIT
