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LA RUE EN DESACCORD AVEC LA DICTATURE

21 février 2011, par La Rédaction

Entre le marteau et l’enclume :

LA RUE EN DESACCORD AVEC LA DICTATURE

Par Brice Komi HOUNKPATI, Sociologue, Militant des droits de l’homme Président de l’association PAD Togo.

« Qu’est ce qu’un homme révolté ? » C’est un homme qui dit Non, jusqu’ici oui mais au-delà non, disait Albert CAMUS. Cette réponse traduit fidèlement la réalité que les maghrébins sont présentement entrain de vivre. Comme un fruit mûr, une à une, les dictatures, vieilles de décennies, tombent dans la partie septentrionale de l’Afrique. Et ceci sous la pression de la rue. Qui aurait cru, six mois plus tôt, que Ben Ali abandonnerait son fauteuil présidentiel sous la menace des populations à la suite d’une « immolation volontaire » d’un jeune Tunisien ? Les Egyptiens ont fortement cru au mécanisme de cause à effet en suivant l’exemple tunisien. Comme un coup de baguette magique ceux-ci ont également réussi à faire partir Hosni Moubarak le vendredi 12 Février 2011. L’hymne de démocratie entonné par la Tunisie est repris en chœur par l’Algérie et la Lybie qui ont commencé par hausser le ton contre la « gestion cacophonique » dont font preuve Abdel Aziz BOUTEFLIKA et M.KADHAFI.

Loin de rester dans le cercle africain, cette crise va au-delà des frontières de l’Afrique du Nord pour faire vaciller les durs murs de dictature dans le monde. C’est le cas par exemple de Yémen, de l’Iran et de Bahrein où les populations ont commencé à manifester leur ras le bol.

Si pour certains, le pouvoir en Afrique n’est plus une affaire du peuple, il y a lieu de se poser la question de savoir si le peuple n’est pas entrain de reprendre, dans la sphère politique, la place qui lui a été volée depuis belle lurette. L’on peut également se poser la question de savoir si cette propension épargnera l’Afrique Subsaharienne.

La légitimation du pouvoir par le peuple

« La non-violence est la plus grande force à la disposition de l’humanité. Une force qui renferme plus de puissance que l’arme la plus destructrice qui ait été conçue par l’ingéniosité de l’homme » disait Mahatma Gandhi. Il est alors indéniable qu’aucune machine ne peut arrêter la fureur d’un peuple qui est comparable à un ouragan qui renverse tout sur son passage. C’est le caractère républicain de l’armée qui explique le succès d’une « révolution blanche » comme ce fut le cas des Tunisiens ou des Egyptiens. Même si la grande muette fait parler d’elle en Algérie, en Iran ou en Bahrein, l’on reste convaincu, au regard des expériences passées, qu’elle n’en est pas pour longtemps. Les forces de sécurité seraient obligées de se mettre à l’écart pour ne pas se faire écraser comme une coquille d’œuf. A partir de ces événements, un constat général peut être dégagé : La rue met toujours en dérive la dictature quelle qu’elle soit. C’est dire que tout régime qui se nourrit de la dictature génère un sentiment de frustration qui, d’un jour à l’autre, explose. Il faut donc craindre les réactions d’un peuple longtemps assujetti. Si c’est à partir des élections que le peuple choisit librement ses dirigeants, il est remarquable que les élections en Afrique sont toujours sujettes à polémique et à contestation. Le peuple exprime à travers le vote sa volonté, mais les résultats traduisent rarement l’aspiration du peuple. Sous la complicité de ce que l’on appelle « la communauté internationale », les élections sont désormais devenues une manière habile pour l’occident d’introniser des satrapes ou des fantoches pouvant garantir ses intérêts à la tête des Etats africains. Ces dictateurs cherchent à tout prix à « monarchiser » l’Etat et à imposer des règles et des lois draconiennes pour rendre la vie difficile aux opposants à leur régime et à toutes les populations. Un filet de dictature à la fois visible et invisible se tisse progressivement autour des ressources et des biens de l’Afrique, la vache laitière. Les amis d’un pays africains ne sont que des amis de circonstances et quand il n’y aura plus d’intérêts, l’amitié s’envole ou s’évapore. Heureusement que le peuple est là et a vite compris le jeu ! Il prend tout son temps pour analyser la situation non-voulue et identifier ceux qui marchent sur ses intérêts. Et, lorsqu’il trouve une échappatoire, il sort ses crocs et dévore tout ce qui se dresse sur son chemin. Les cas tunisien et algérien démontrent à suffisance que le despotisme ne peut s’éterniser. Le dernier mot revient toujours au peuple que nous appelons ici « le marteau ». Ne dit-on pas souvent qu’il faut battre le fer quand il est chaud ? La dictature est comparable à une barre de fer chaude, mais le marteau peut lui donner la forme voulue. Le peuple a donc le pouvoir de donner ou de retirer le pouvoir à qui il veut et quand il veut.

A partir d’un foyer de résistance et de son « effet boule de neige » le visage du monde peut être illuminé par le grincement de dents d’un seul peuple. Si les esprits les plus éclairés s’accordent à dire que l’histoire de la civilisation du monde a commencé avec l’Afrique à partir de l’Egypte (en Mésopotamie), il est encore évident que la seconde face de Janus se fera découvrir par une métamorphose provoquée par la même Egypte mais cette fois-ci en connivence avec la Tunisie. La dynamique de ces crises en est une preuve tangible.

Probable extension de la crise tunisienne sur l’Afrique noire francophone

Le pouvoir est perçu en Afrique, si l’on voulait parler comme H. Ampaté Bâh, comme une bouteille à trois verres. Le premier verre si vous le prenez, vous êtes joyeux et vous sautez dans la cour comme un cabri ; le deuxième verre, si vous le prenez vous êtes comme un lion et vous voulez tout dévorer dans la jungle ; le troisième verre qui est l’ultime verre, si vous le prenez vous êtes comme un cochon et vous ne faites que des cochonneries. Cette allégorie pour dire que les dirigeants africains, une fois arrivés au pouvoir, n’ont aucune envie de céder la place à d’autres.

Les dirigeants de l’Afrique noire francophone ont déjà pris les deux premiers verres. Leurs attitudes démontrent sans nul doute qu’ils sont au troisième puisqu’ils ne s’adonnent qu’à des cochonneries : violations fragrantes des droits de l’homme, assassinats macabres, hémorragie financière ou gabegie teintée de corruption, répressions foudroyantes des manifestations, importation de conteneurs de chômage déballant des colis de misère ambiante dans les populations…Or comme il est démontré par les scientifiques les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. Les manifestations antérieures qui ont été réprimées sont des signes forts que les peuples sont étouffés mais cela ne voudrait pas dire qu’ils se sont recroquevillés éternellement et qu’ils ont les ailes coupées. Les milliers de diplômés sans emplois, les mères élevant seules leurs enfants, la confiscation des ressources de toute une population par un groupuscule sont autant de conditions rocambolesques qui ne garantissent pas la pérennité des régimes dictatoriaux.

Nombre sont les analystes qui continuent d’affirmer que dans un pays où l’on ne donne aucune chance aux populations de vivre décemment leur vie, un risque d’explosion est à craindre. Le peuple est alors comme un chien poursuivi qui n’a plus d’échappatoire et qui se retourne contre son poursuivant.

Ce temps de latence correspond donc à l’application de la technique du « reculer pour mieux sauter ». Quand naturellement le moment de faire le saut arrive soit l’armée se retourne contre ceux qui lui donnaient des injonctions ou soit c’est le propriétaire de la maison, le peuple, qui prend le devant de la scène pour chasser illico presto ceux qui le représentent.

Les dirigeants togolais, burkinabé, ivoiriens, sénégalais,… doivent repenser ou re-panser leur politique. L’on ose croire qu’ils seront assez sages pour tirer une leçon des crises actuelles dans le Maghreb.

ConclusionLa dictature porte en elle les germes de sa propre destruction. L e peuple est et restera le plus fort. Tout peuple peut se libérer de la dictature à condition qu’il se mobilise entièrement sans distinction ethnique.

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