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Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo
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Le CACIT dénonce l’impunité dont bénéficient les auteurs du coup d’Etat en Mauritanie

26 août 2008, par La Rédaction

DECLARATION

LE CACIT DENONCE L’IMPUNITE DONT BENEFICIENT LES AUTEURS DE COUP D’ETAT EN REPUBLIQUE DE MAURITANIE

Le mercredi 06 Août 2008, un groupe de militaires dirigés par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, alors chef d’Etat-major particulier du président de la République, s’est emparé du pouvoir en Mauritanie. Sidi Mohamed Ould cheikh ABDALLAHI, président de la République légitimement élu et son Premier ministre ont été arrêtés ; ce dernier sera libéré quelques jours puis a été à nouveau contraint de rejoint le président ABDALLAHI en résidence surveillée. Dans une allocution prononcée le dimanche 17 août 2008, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, qui entre temps, a remplacé le gouvernement par un Haut Conseil d’Etat (HCE), a promis organiser de nouvelles élections « dans les meilleurs délais » sans plus de précision.

Face à ces évènements qui paraissent être d’un autre âge, le CACIT tient à condamner, avec la dernière vigueur, cette remise en cause, par les armes, de l’ordre démocratique établi. Pour le CACIT, cette énième intrusion des militaires dans le jeu politique est intolérable et s’expliquent par l’impunité dont jouissent, à chaque fois en Mauritanie et ailleurs en Afrique, les auteurs de tels actes.

Le CACIT s’interroge sur les réelles intentions des putschistes qui donnent l’impression de vouloir installer leurs hommes de mains à la tête du pays et gouverner indirectement par leur biais.

Pour le CACIT, quelles que soient les circonstances et les raisons invoquées, l’armée mauritanienne ne saurait se réfugier dernière un prétendu engagement à organiser « de nouvelles élections dans les meilleurs délais » pour remettre en cause le régime démocratique que le peuple mauritanien a mis en place à la suite d’élections régulières depuis seulement un an. Dans la même foulée, le CACIT n’accorde aucun crédit aux « manifestations de soutien » dont la junte se prévaut auprès de la population terrorisée ou auprès de certains députés de l’Assemblée Nationale mauritanienne.

Il estime au contraire que la perpétuation de cette situation ternit l’image des militaires sur le continent alors que depuis un certain nombre d’années, des efforts sont faits pour affirmer la nécessité pour les armées de rester cantonnées dans leur rôle de garants de la sécurité du territoire.

Après le Kenya en janvier 2008 et le Zimbabwe en juin 2008, c’est aujourd’hui en Mauritanie que la volonté souveraine d’un peuple africain est foulée au pied.

Tout en se réjouissant de la condamnation unanime dont ce coup de force a été l’objet de la part de la communauté internationale, le CACIT s’étonne du silence des chefs d’Etats africains face à ce forfait. Il est surprenant, en effet, de constater que ces derniers clament souvent leur volonté d’instaurer des régimes démocratique dans leurs pays respectifs mais hésitent toujours à condamner fermement les prises de pouvoir par la force.

Le CACIT se réjouit de savoir que, dans beaucoup de pays africains, les armées, prenant exemple sur leurs homologues des pays à forte tradition démocratique, aient compris que, désormais, leur rôle doit être de se mettre au service des institutions démocratiques dont les peuples se sont dotés et qu’en aucun cas, ils ne doivent s’immiscer dans la vie politique.

Le CACIT craint que la situation en Mauritanie ne crée un précédent malheureux et dangereux ; il voudrait saisir cette occasion pour demander :
  aux organisations de la société civile africaine, de se mobiliser sur l’ensemble du continent pour affirmer, sans ambiguïté, la volonté des peuples africains de passer par des élections libres et régulières comme seule voie de dévolution du pouvoir politique ;
  à l’Union Africaine (UA), de prendre des mesures énergiques pour non seulement condamner verbalement les auteurs de ces pratiques mais aussi les faire poursuivre en justice. Pour sa propre crédibilité, l’Union doit aller au-delà de la simple « suspension de la Mauritanie » des instances de l’Organisation pour prendre de réelles sanctions contre les putschistes.

Par ailleurs, il importe qu’en application de sa résolution sur la prohibition des prises de pouvoir par la force en Afrique, l’UA fasse désormais preuve de spontanéité et de fermeté dans la condamnation des coups d’Etat et autres hold-up électoraux ;
  au Conseil de Sécurité des Nations Unies, de prendre des sanctions personnalisées contre les généraux et officiers qui sont à la tête de la junte ;
  à l’ensemble de la communauté internationale, de tout mettre en œuvre pour prohiber toute prise de pouvoir par la force et surtout en faire punir les auteurs afin que le crime ne continue pas se nourrir de l’impunité.

Fait à Lomé le 25 Août 2008

LE PRESIDENT

Me Zeus Ata Messan AJAVON

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