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  • LDH Bénin

Rapport d’enquête sur le dossier des "cadavres togolais"

19 juillet 1999, par Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme au Bénin (LDH)

Rapport de la Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme au Bénin (LDH), dévoilé en conférence de presse à Cotonou (Bénin) le 19 juillet 1999.

Il y a quelques temps, la Commission Béninoise des Droits de l’Homme -C.B.D.H. - a sollicité de la Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme au Bénin - L.D.H.- une rencontre au sujet du dossier de cadavres togolais révélés par Amnesty International (A.I).

La L.D.H. accepta la dite rencontre au cours de laquelle la C.B.D.H. l’informait qu’elle agissait à l’initiative de la Commission togolaise des Droits de l’Homme.

Tout naturellement et sans arrière pensée, nous avions déclaré à la C.B.D.H. que nous n’avions pas d’éléments précis pouvant étayer les faits portés à notre connaissance. Mais nous avions promis d’entreprendre des recherches sans délai en raison de la gravité du sujet.

Sitôt après cette réunion, nous nous sommes mis à l’œuvre.

Un peu comme par hasard et par bonheur, nous avions reçu de nombreux coups de fil, certains anonymes, d’autres avec indication d’adresses, qui nous annonçaient que des cadavres avaient été bel et bien découverts au Bénin, sur les côtes de l’océan Atlantique.

Quelques temps après, deux séries de faits importants sont intervenus nous convainquant complètement de la nécessité de nous investir à fond dans ces enquêtes.

Il s’agit de ;

- D’abord ce qui apparaît comme une levée de boucliers des tortionnaires contre A.I, illustrée par des réactions en chaîne des autorités politiques togolaises et béninoises.

L’on se souvient en effet qu’au lendemain dudit rapport, l’Etat Togolais avait condamné A.I. et avait engagé des poursuites judiciaires à son encontre.

Des personnes soupçonnées d’être les informateurs d’A.I. ont été arrêtées et soumises à instruction : il s’agit de NADJOMBE KOFFI Antoine, TENGUE Nestor, GAYIBOR François et SANT’ANNA Brice.

Le gouvernement béninois lui emboîtait le pas (Cf. les déclarations du Ministre Pierre OSHO appuyées plus tard par le Chef de l’Etat).

Pendant ce temps, un collectif d’avocats avaient été mobilisés. La C.B.D.H et la Commission Togolaise des Droits de l’Homme finalisaient leur rapport qui, on le sait maintenant, concluait à l’inexistence de cadavres.

- Ensuite des témoignages à décharge faits par dos chefs et notables popo et mina du Bénin sur les antennes de la télévision togolaise, lesquels témoignages menaient en cause les faits rapporté par Amnesty International.

L’acte des chefs et notables popo et mina suscita des réactions multiples et diverses. D’abord le Sous-préfet de Grand-popo qui prit spontanément un arrêté par lequel il les avait démis de leur poste ; puis, se ravisant suite à la position du Président de la Républiquc du Bénin qui soutenait le pouvoir d’EYADEMA, il se dédit et procéda à leur réhabilitation sous la désapprobation de ses administrés.

Cf : Pièce N°1 : Arrêté N°1/009/SP-GP-BAG du 26 Mai 1999.

Ensuite l’indignation et les protestations ; des populations popo et mina qui avaient marché pour dénoncer la traîtrise et l’indignité de leurs responsables et exiger leur destitution immédiate.

Cf : Pièces N°2 : Autorisation de marche sur la voie publique en date du 9 Juin 1999.

Une motion avait été prise dans ce sens. Des révélations avaient porté sur les faits de leur corruption par l’Etat togolais, sur les sommes d’argent qui leur avaient été distribuées et qui étaient perçues par eux en contre partie de leur silence.

Cf : Pièce N°3 : Motion de protestation en date du 9 Juin 1999.

Nous nous sommes dits que dans ces conditions nous avons un rôle important à jouer. Nous avions l’obligation de garder toute notre sérénité, et do rechercher, en toute objectivité, des éléments qui permettraient de démentir ou de confirmer le rapport d’Amnesty International.

Il s’agit là d’une tâche de grande portée démocratique ; elle s’est révélée très difficile mais nous avons pu nous en acquitter.

Après cette brève introduction qui a situé les raisons qui ont motivé ce rapport, nous allons vous présenter le résultat de nos enquêtes qui va s’articuler autour des points suivants :

- Période de l’enquête.
- Composition de la mission.
- Méthodologie.
- Moyens financiers.
- Cadre de l’enquête ou contrées visitées.
- Climat général.
- Personnes contactées.
- Données recueillies.

I- Période de l’enquête

L’enquête a commencé depuis le début du mois de Juin 1999. Elle s’est poursuivie jusqu’au Samedi 17 Juillet 1999, soit un peu plus d’un mois de durée.

II- Composition de l’équipe

La mission est composée de :
- Simon FANOU : Trésorier de la L.D.H.
- Romain DOSSOU : Militant de la L.D.H.
- Jérémie GOZO : Militant de la L.D.H.
- Docteur Etienne HOUNKONNOU : Militant de la L.D.H. (qui s’est joint à l’équipe à son retour de voyage).

Cette équipe a travaillé sous la direction du Président de la L.D.H. Julien TOGDADJA, avec la collaboration de Maître Magloire YANSUNNU.

III - Méthodologie

La mission devait recueillir les données en se faisant guider par un questionnaire.

Elle devait visiter tous les villages côtiers situés au Bénin et bordant l’océan Atlantique, interroger toutes personnes susceptibles de fournir des renseignements sur le sujet.

II est recommandé à chaque membre de recueillir toutes les informations fournies par les personnes interrogées. Il s’agira ensuite de procéder à des recoupements et à des synthèses des déclarations reçues.

La mission était munie d’un appareil photographique et devait photographier toui objet ou toute chose susceptible de renseigner.

Les populations civiles des régions concernées ont été la cible essentielle de l’enquête.

IV - Moyens financiers

L’enquête a été faite par les moyens propres de la L.D.H. Nous informons au passage que nous ne sommes financés par aucune institution, aucun Etat. La L.D.H. ne vit que de la cotisation et des dons de ses militants. Elle prouve ainsi qu’il est possible de faire du bon travail avec peu de moyens malgré l’ostracisme des institutions internationales à son égard.

V - Cadre de l’enquête

La mission a eu pour cadre les villages suivants visités en deux temps,

• D’abord : Grand-Popo, Agouè, Ayi-Guinnou, Nicouécondji, Sèkohoué, Gbèkon.

• Ensuite : Gbècon, Gbeffa, Avlo-plage, Hakouè, Docloboué, l’embouchure.

VI - Climat général

Du fait que la L.D.H. a très peu de militants organisés de la région disponibles pour ces investigations, nous nous sommes essentiellement rabattus sur des cadres originaires du département du Mono parlant le popo, le mina, le Xwela.

Il s’est fait que le camarade popo, membre da la délégation n’a plus de parents et d’attaches au village. Nous avons été confrontés à une première difficulté qui est le point de contact sur les lieux.

Nous avions alors utilisé les canaux et les noms qui nous ont été bénévolement proposés.

La raison essentielle de ces premiers échecs tenait à la peur de la répression, à la peur qu’inspiraient aux populations les pouvoirs des présidents KEREKOU et EYADEMA.

Selon les populations, ces deux présidents sont des frères politiques qui ont beaucoup de choses en commun.

Pour fonder leurs réserves, elles ont cité de nombreux faits dont voici quelques uns ;

- Les militaires de l’Etat togolais sillonnent régulièrement la zone Sud-Ouest du Benin.

- Il existe une grande collaboration entre les deux présidents et il y a eu plusieurs tentatives du président EYADEMA de capter des réfugiés togolais au Bénin par l’intermédiaire de commandos togolais qui ont été dépêchés en territoire béninois.

- Après la marche de protestation du lundi 09 Juin 1999 et l’interview que certainnes personnes ont accordé à un journaliste du FIGARO, ces personnes font l’objet de tracasseries policières (convocation interminables à la Brigade, menaces...).

- Nous avions eu quelques petites ouvertures qui se sont vite refermées. C’est que ces personnes qui s’étaient offertes de nous aider se sont vite ravisées. Elles craignaient que leur assistance à notre mission ne leur crée des déconvenues.

- Tel est le cas d’un pêcheur qui avait avoué qu’il avait péché un cadavre mais qui s’était refusé à toutes autres déclarations car dit-il, « ... moi je pratique la pèche jusque vers ANEHO ; il suffira que je sois repéré comme ayant collaboré avec vous pour que mon compte soit bon. Et entre temps, vous, vous serez déjà parti... ».

C’est dire que la présentation de l’ordre de mission, l’exhibition des cartes d’ identités et des cartes de membre de la L.D.H. n’a pus suffi.

Enfin, lueur d’espoir. Dans l’une des contrés ( dont nous taisons le nom pour des raisons de sécurités), certaines personnes qui avaient longtemps observé la mission, ont enfin reconnu l’un des membres de la L.D.H. qu’elles avaient précédemment vu au cours d’une manifestation publique de la L.D.H.

Elles ont déclaré connaître personnellement l’ancien et l’actuel Président de la LDH.

C’est l’une des clés qui enfin nous avait permis de rentrer dans ce monde qui s’était refermé sur lui même.

Il faudra toutefois aussi mentionner les longs débats avec certains intellectuels qui n’ont pu nous rallier qu’après avoir été convaincus de la portée démocratique et humanitaire de la mission de la Ligue.

VII - Personnes contactées

Pour des raisons de sécurité, nous ne livrerons aucun nom de personne dans le présent rapport.

La mission a discuté avec quelques notables, quelques délégués qui n’ont pas été mêlés à l’affaire de corruption par l’Etat togolais, beaucoup de pêcheurs, quelques intellectuels, des participants à la marche de protestation, quelques réfugiés togolais.

Les personnes interrogées sont toutes des hommes, aucune femme.

VIII - Données recueillies

Dans tous les villages visités, toutes les personnes interrogées sont unanimes : il y a eu beaucoup de cadavres d’hommes presque nus, en slip. « Nous avons pu pêcher et enterrer certains, nous avons abandonné d’autres.... » nous a -t- on déclaré.

Dans quelles circonstances les cadavres ont été découverts ? D’où pouvaient-ils provenir ? Quelles particularités présentaient-ils ? etc..

Nous répondrons à ces questions par les témoignages recueillis.

D’où pouvaient provenir les cadavres et dans quelles circonstances les retrouve-t-on ?

Toutes les informations recueillies attestent de ce que les cadavres proviennent de l’Ouest (côté Togo).

Les populations de la Commune d’Agouè déclarent que l’apparition des cadavres est toujours consécutive à un phénomène constant : à la tombée de la nuit ou au cours de la nuit (19 H 30, 20 H, 21 H ... ) il y a des avions en provenance de l’Ouest, qui volent jusqu’à hauteur de Grand-Popo puis rebroussent chemin .... Quelques jours (trois ou quatre ) après ces vols bizarres, l’on commence à découvrir des cadavres refoulés par un vent dénommé « AFOUTOU » (en mina) qui souffle de l’Ouest vers l’Est.

Les populations ont en outre cité un certain nombre de périodes où les cadavres ont été constatés ! Il s’agit de la période où il y a un afflux massif de réfugiés togolais (1993) et la période postérieure aux élections présidentielles (1998).

Elles déclarent avoir pêché et enterré des cadavres.

* Un cadavre en jogging A Gbèkon, un cadavre a été découvert et inhumé. Il était habillé d’un « jogging » et d’un gilet (habit sans manche ...). Les populations n’ont pas pu nous dire si c’est un militaire ou pas.

* Un cadavre décapité Les cadavres ne sont généralement pas amputés. Cependant, il a été découvert un cadavre décapité à Zogbédji entre Nicouécondji et Ayi-Guinnou.
Les populations affirment qu’il s’agît d’un homme géant (au moins un mètre 75 cm). Elles ignorent ce qui lui a ôté la tête. Elles affirment par ailleurs que la tête du cadavre n’a pas été mangée par les poissons.

* Un cadavre menotte en putréfaction .... A Dokloboué, un enfant de 08 ans a découvert vers 11 heures un jour un cadavre. Les populations ont lancé une souscription populaire et ont recueilli une somme de F CFA six mille (6.000) afin d’aller saisir les autorités.
Les autorités et l’infirmier n’arriveront qu’à 21 heures, heure à laquelle le cadavre avait fini par être inhumé. Son état de décomposition avancé était tel que l’infirmier et les autorités étaient restés a distance.
Le cadavre était habillé d’une chemise blanche, portait des menottes et présentait des traces de torture.
Les populations de Dokloboué précisent que cette personne est âgée d’environ 50 ans ;

* A Ayi-Guinnou » les populations ont déclaré avoir enterré au moins trois (3) cadavres, (voir tombes sur photo).

* Plusieurs cadavres ont été également enterrés à Gbèkon (Houtagbo) en présence du maire.
Les populations de Ayi-Guinnou déclarent qu’au début, dès qu’elles découvrent un cadavre, elles se chargent de le ramener à la berge. Ensuite elles alertent tous les villages voisins, se rassemblent pour identifier le cadavre puis informent la major (il s’agit de l’infirmier) et la gendarmerie qui viennent faire leurs constats.
Les populations dans cette zone cotisent 25 F CFA par tête, procèdent aux cérémonies pour l’inconnu et l’inhument. La gendarmerie venaient toujours faire les constats, disent-elles. Les corps sont ensuite enterrés au bord de la plage.
A Ayi-Guinnou, les populations ont un lieu dénommé « Abobolipo » où elles enterrent ce genre de personnes.
Les corps sont enterrés sans cercueil, avec un pagne, ou de vieilles nattes ou des paillassons ou une enveloppe tressée avec des feuilles de cocotier (« cloba »). Aucune épitaphe n’est posée sur les tombes que rien n’identifie.
Au fil des temps, les populations ont été lassées de recueillir et d’enterrer des cadavres. Surtout lorsque la gendarmerie exige d’elles le paiement d’une somme de F CFA cinq mille (5.000) pour effectuer ses déplacements. Elles ont alors décidé de laisser les cadavres refluer vers l’Est.
Elles nous ont demandé, pour en savoir davantage, de mener des investigations vers le village AVLO et l’embouchure, etc...

* Les pêcheurs pratiquant la pêche désignée sous le nom de « WOUATCHA » découvrent des dizaines de cadavres ...

Les pêcheurs de Gboffa - Agonninkanmè (Grand-popo) nous ont informés qu’un jour, alors qu’elles s’apprêtaient à commencer la pèche dans les eaux profondes, elles découvrirent soudain horrifiées, des flots de cadavres ballotés par les vagues. C’était au cours de la pêche « wouatcha » ( la pêche WOUATCHA se pratique en équipe, puis un par un nombre important de personnes, entre 3 et 6 Km de la côte, là où les eaux sont profondes d’au moins 20m).
Après avoir vu les cadavres, elles ont fui et n’ont pu pêcher ce jour, tellement le spectacle était affreux. Depuis, elles redoutent de s’aventurer à nouveau vers les hautes eaux.
Elles ont déclaré que le nombre de cadavres est plus de deux fois supérieurs à l’effectif des pêcheurs qui sont ou nombre de 30. Il y aurait un minimum soixante (60) cadavres. Les cadavres ressemblaient à une bande de moutons flottants. Ils étalent tous presque nus, en slip.
Cette découverte a été faite au large de Gbèfià - Agonninkamè.
Elles déclarent (ce que nous n’avons pu vérifier) que les trafiquants d’essence qui font la navette entre Sème (département de l’Ouémé) et Hilacondji (ville frontière des Etats béninois et togolais) ont fait les mêmes découvertes macabres.
Les pêcheurs ont en outre déclaré que les cadavres refluent de l’Ouest vers l’Est. Les pêcheurs ont ensuite expliqué, répondant à nos questions, que la plupart de ces cadavres ne parviennent pas à la berge.
C’est que, une fois jetés dans les hautes eaux, ils se gonflent au terme de 72 heures sous l’effet de l’eau et de la putréfaction commençante. Ils flottent à la surface et sont ballottés par les vague constituant ainsi des proies pour les poissons.
Beaucoup de cadavres ont par conséquent la chance d’être dévorés par les poissons. Des enquêtes dans les eaux profondes aideront, nous l’espérons, à découvrir des ossements et autres restés.

* Un cadavre casqué
Il a été découvert à hauteur du village Ayi-Guinnou un cadavre casqué. II avait été pêché. Les populations découvriront hébétées que le corps avait été dévoré jusqu’à hauteur de la poitrine.
Elles s’étaient efforcées de lui enlever le casque (voir photo) qui porte les inscriptions suivantes :
- Sur la partie frontale : ARAÏ HELMET.
- Profil gauche : OMNI 2.
- Derrière : OMNI plus une étiquette portant un grand S avec des inscriptions en langue chinoise ou asiatique.
En ce moment, la LDH a pu, à grand peine, prendre possession du casque qu’elle préserve comme pièce à conviction et pour les nécessité d’enquête.
Pièce N°4 : Casque. Pièce N°5 : Photo du casque.

* Un cadavre revendiqué par des inconnus
A Ayi-Guinnou, quelques jours après l’enterrement d’un corps, des inconnus dont des gendarmes armés avaient débarqué et ordonné aux populations d’indiquer le lieu d’enterrement d’un cadavre qu’elles venaient d’inhumer.
Les populations menacées et prises de panique ont cédé face aux intimidations et indiqué le lieu de l’enterrement. Les inconnus déterrèrent le cadavre et disparurent. Nous avons posé de nombreuses questions sur la provenance de ces personnes, leur identité, les références de leurs véhicules, la direction prise. Mais les populations n’avaient pu recueillir d’éléments d’information en raison de la peur et du manque d’intérêt au fait que le cadavre avait été emporté.
Nos enquêtes se poursuivent.

* Pourquoi les autorités togolaises et béninoises se mettent en quatre pour récupérer les objets trouvés sur les cadavres ?
Nous avons indiqué plus haut qu’un cadavre a été vu casqué, que le dit casque avait été récupéré comme pièce à conviction par les populations. Depuis l’intervention sur RFI du journaliste du FIGARO et le communiqué de la L.D.H., les populations d’Ayi-Guinnou font l’objet de tracasseries de la part des autorités togolaises et béninoises.
Un jeune homme, présumé gardien du casque est fébrilement recherché par des agents togolais. Des personnes ont été payées pour le retrouver. Des agents togolais s’étaient offerts pour acheter le casque mais avaient essuyé un revers de la population qui s’y est opposée..
Le 14 juillet 1999, deux (2) personnes qui déclareront plus tard qu’elles seraient des colonels étaient allées à l’hôtel « AWALE » (chambre N°5) et tentèrent d’y faire venir le délégué d’Ayi-Guinnou. Celui-ci s’y était opposé. Le maire fut sollicité à cette fin, tenta de convaincre le délégué mais sans succès.
C’est alors que ces deux personnes décidèrent d’arriver en personne à Ayi-Guinnou, autour de 20 heures, à bord du véhicule J0046RB.
Elles se mirent à fureter dans les maisons. Découvertes, elles furent interpellées et contraintes de s’expliquer sur leur présence à cette heure dans le village et de décliner leur identité. Elles s’y opposèrent. Elles furent encerclées par environ deux cents (200) personnes. Elles menacèrent de tirer sur les populations inermes. Celles-ci résistèrent et avaient maintenu l’étau autour d’elles.
C’est sur ces entrefaites que surgirent les Chefs de Brigade de Grand-popo (qui semblait connaître les suspects) et d’Agouè (ce dernier était très menaçant) qui libérèrent les deux suspects et disparurent avec eux.
L’un des suspects exhiba entre temps une carte d’identité militaire au nom de Samson OROU. Les populations l’ont reconnu comme togolais.
Serait-ce le fameux OROU Samson bien connu au temps du P.R.P.B, ou aurait-il passé sa carte à un militaire togolais pour les besoins de la cause ? En tout cas, il a entrepris une jeune fille du nom de KAZAME à qui il a remis 5.000 F pour lui servir d’indicatrice. Démasquée, celle-ci prendra la fuite et était allée se réfugier au Togo. C’est pendant qu’il recherchait son indicatrice qui avait pris la fuite à son insu qu’il a été arrêté.
Pour les populations, les deux suspects ont une nationalité douteuse.
Nous venons d’apprendre que le jeune présumé gardien du casque serait recherché et vit en ce moment en clandestinité, de même que le délégué qui a été convoqué par la Gendarmerie.
(Cf. : Pièce N°6 : Convocation de la Brigade de Gendarmerie d’Agouè en date du l6 JuiIlet l999.

CONCLUSIONS
Des questions se posent alors...

Pourquoi les autorités togolaises et béninoises s’acharnent à récupérer les objets retrouvés sur les cadavres ?

Pourquoi persécutent-elles ceux qui sont supposés les détenir ?

Pourquoi les personnes qui ont pu faire des révélations ou se sont prêtés aux questions de la LDH ou du journal FIGARO font l’objet de tracasserie ?

Que traduit la connivence entre les autorités béninoises et togolaises dans cette affaire ?

La Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme est préoccupée par la sécurité des populations de la région.

Elle est préoccupée d’autant que l’on sait avec quelle facilité les autorités togolaises font de plus en plus d’incursion sur le territoire béninois à des fins répressives. En tout état de cause, nous rendons responsables les autorités du Bénin de tout ce qui adviendra aux populations du Sud-Ouest du Mono (Communes de Grand-Popo, d’Agouè, d’AvIo etc...) relativement au dossier des cadavres.

Les faits sont parlants.
Pour nous à la L.D.H., il y a eu bel et bien des cadavres découverts sur les côtes du Bénin, et au minimum une centaine dérivant au large. Face aux tracasseries de la Gendarmerie béninoise, les populations ont renoncé à les récupérer et même à signaler leur présence ce qui confirme bien les révélations d’Amnesty International.
Il appartient aux autorités togolaises et béninoises, si elles persistent dans leurs attitudes, de rapporter la preuve contraire.
Notre enquête a contribué à mettre davantage en lumière l’affaire des cadavres.

Mais pour tarir les vaines dénégations des autorités béninoises et togolaises, la Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme réclame une enquête internationale indépendante.
Elle exige de faire partie de cette commission d’enquête qui aura pour mission d’ouvrir les tombes désignées, de vérifier les objets susceptibles d’appartenir aux personnes jetées à la mer, de fouiller les registres de gendarmerie les plus secrets tant an Bénin qu’au Togo, afin de faire un décompte de l’effectif des soldats togolais, notamment ceux de Lomé, avant et après les élections présidentielles de 1998 etc...

Nous remercions vivement les populations d’Agouè, de Grand-popo, d’Avlo, d’Ayi-Guinnou et particulièrement tous ceux qui ont aidé la L.D.H. pour leur esprit démocratique et tout ce qu’ils ont fait pour la réussite de notre mission.

Cotonou, le 19 juillet 1999
Pour le Bureau Exécutif, Le Président,
Julien TOGBADJA

Complément

Nous avions appris qu’un groupe de délégués de quartier et de notables popo se sont rendus au Togo pour prêter main forte au Président EYADEMA afin de démentir les faits rapportés par Amnesty International.

D’où vient cette mission et quels en sont les tenants et aboutissants ?

La L.D.H. a poursuivi ses enquêtes et présente ici quelques révélations.

Selon nos informations, tout est parti de M. Simplice ANATO délégué du quartier Xwlacodji (Cotonou) qui proposa à certains délégués de se rendre au Togo pour démentir le rapport d’Amnesty International. Il prit aussi contact avec M. Comlan AMOUSSOU délégué de Onkuihoué qui avait fait des battues et racolé d’autres délégués. Une partie des délégués mis dans le coup, déclinèrent l’offre lorsqu’ils comprirent que cette mission scabreuse était conçue à l’insu du maire et du Sous-préfet.

M. Simplice ANATO rassura ses acolytes qu’ils seront désintéressés par le Président EYADEMA s’ils acceptaient de jouer le jeu. C’est ainsi qu’ils les conduisit au Président EYADEMA. Ils furent logés à Lomé certains dans des hôtels, d’autres chez des parents.

La rencontre avec EYADEMA aurait duré à peine quelques minutes. Il était question de déclarer qu’il n’y avait pas eu de cadavres. Ce qui avait été effectivement déclaré.

Ils seront ensuite rencontrés par M. Séyi Mémène (Ministre de l’intérieur ) qui leur aurait distribué à chacun la somme de trente mille (30.000) F CFA.

Selon nos enquêtes, des querelles avaient opposé ces délégués au moment du partage du butin. Nous avions appris aussi qu’en réalité, les sommes qui leur avaient été payées, étaient plus élevées. L’un des délégués, celui de HOUNDJOHOUNDI, (un quartier très loin de la plage) a reçu 80.000 F CFA. Ils s’était acheté une pirogue d’un montant de 16.000 F CFA (seize mille), un poste radio cassette de vingt deux mille (22.000) F CFA et avait gardé le reste en poche.

Entre temps, suite à leur déclaration sur les antennes de la télévision Togolaise, le sous-préfet de Grand-popo, furieux contre eux, leur envoya, à leur retour, par le maire, une demande d’explication. Paniqué ils ont fui pour venir se cacher à Cotonou. Ils prirent attache avec le délégué de Xwlacondji, M. Simplice ANATO.

Rassurés par leurs commanditaires, ils retournèrent triomphants à Grand-popo et exigèrent leur réhabilitation du maire et du Sous-préfet, qui ont fini par s’aplatir... C’est que des ordres étaient venus d’en-haut.

Le Sous-préfet entreprit de les réhabiliter. La population indignée s’y opposa et décida de faire une marche de protestation.

Nous publions (pièces jointes) les motions de protestation, les arrêtés de destitution ... etc).

Aujourd’hui, la colère populaire n’a cessé de croître. Les populations de Grand-popo, d’Agouè etc... ont organisé le Samedi 17 Juillet 1999 à Grand-popo, une Assemblée Générale qui a rassemblé plus de deux cent (200) personnes où les délégués coupables ont été confondus et condamnés pour leur mensonge, leur absence de dignité et leur soif de gain facile.

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