24 avril 2012, par La Rédaction
Le décompte macabre continue à la Prison Civile de Lomé. Depuis le début de cette plus d’une dizaine de détenus sont décédés dans ce centre de détention. Le mois dernier encore plusieurs décès ont encore été enregistrés.
La situation des détenus de la Prison de Lomé est des plus préoccupantes. Initialement construite pour accueillir cinq cents personnes, elle en compte aujourd’hui plus de deux mille. Les conditions de détention sont des plus déplorables. Le journaliste et linguiste togolais Kofi Follikpo avait été arrêté 11 aout 2010 alors qu’il se rendait à une manifestation du Front Républicain pour l’Alternance (FRAC), un regroupement de partis politiques. Dans une lettre adressée depuis sa prison au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (HCDH) M. Follikpo décrit les conditions de sa détention à la Prison civile de Lomé. « Je partage une cellule de 45metres carrés environ avec plus de 63 détenus de toutes catégories (condamnés, prévenus, dossiers en Instruction) et issus de toutes les couches sociales et de toutes les origines ethniques. Cette cellule appartient à un vieux complexe immobilier datant de l’époque coloniale allemande et française, puis complété par un immeuble récent de taille modeste .elle sert à la fois de dortoir, de salle à manger, et de salle de séjour. Elle n’est équipée ni d’installations sanitaires propres et décentes, ni lit ou de couchette sur laquelle dormir et encore moins de placards pour nos effets vestimentaires et personnels. Deux grands en plastiques sont placés chaque nuit au milieu de la cellule pour collecter l’urine et les matières fécales nocturnes à la main pour tous les détenus de la cellule. Ceux-ci doivent évacuer chaque matin ces matières fécales et l’urines dans les latrines collectives extérieures selon un plan de corvée qu’ils doivent établir eux-mêmes. La collecte nocturne de l’urine et des matières fécales se fait à tour de rôle par 9 codétenus qui doivent se tenir debout en rang toute la nuit sur l’aile gauche, sur l’aile droite et au fond de la cellule (échappement dans le jargon carcéral en raison de sa chaleur torride) de 17heures 30 à 6heurs au lendemain matin. L’entretien quotidien de la cellule est assuré par les détenus eux-mêmes à travers un simple coup de balai suivi d’un nettoyage rudimentaire du sol avec de l’eau mélangée avec du détergent en poudre (Soklin, omo, etc...) et du javel. Puisque notre cellule à l’instar de toutes les autres cellules de la maison d’arrêt de Lomé n’est pas dotée de lit ou de couchette, des nattes sont déroulées chaque soir peu avant 17 heures et chaque détenu s’y couche pour toute la nuit (17 heures 30 à 6heures au lendemain matin). Soit sur flanc gauche ou soit sur son flanc droit selon le schéma en annexe (Prière de se référer au schéma en annexe). Tous les détenus se lèvent naturellement chaque matin avec des courbatures et des torticolis. ».
On peut d’ores et déjà jauger de la précarité des conditions de détention dans cette prison.
Or, le Togo a signé plusieurs conventions et pactes des Nations Unies relatives à l’administration de la Justice et des lieux de détention. Dans les règles minima pour le traitement des détenus adoptés par le premier Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants en 1955 il est stipulé au point 8 que « les différentes catégories de détenus doivent être placées dans des établissements ou quartiers d’établissement distincts, en tenant compte de leur sexe, de leur âge, de leurs antécédents, des motifs de leur détention et des exigences de leur traitement ».
Au point 9 alinea 2, il est recommandé que les locaux de détention et, en particulier, ceux qui sont destinés au logement des détenus pendant la nuit, doivent répondre aux exigences de l’hygiène, compte tenu du climat, notamment en ce qui concerne le cubage d’air, la surface minimum, l’éclairage, le chauffage et la ventilation ». De ce qui précède on comprend aisément que la prison civile de Lomé ne répond en aucune manière aux règles minima de détention. Les décès qui y surviennent en sont la conséquence. C’est le lieu d’interpeler les autorités pour qu’elles améliorent les conditions de détention dans la Prison Civile de Lomé.
Au Togo, l’on semble bien à des années-lumière de ces recommandations. Conséquence, la surpopulation carcérale entretient une certaine promiscuité et réduit à zéro le niveau d’intimité des détenus. La plupart des cellules étant dénuées d’infrastructures sanitaires, se soulager en prison prend parfois l’allure d’une véritable pénitence. Comme nous le révèle un ex-détenu, pour faire ses besoins.
Samuel GBETI
