Crise togolaise: pour le président du CACIT, le vrai problème, ce ne sont pas les solutions mais la mise en œuvre des solutions

Depuis le 19 août 2017, la crise togolaise s’est amplifiée avec la grande mobilisation organisée par le Parti National Panafricain. Malgré l’implication de la CEDEAO, le bout du tunnel semble loin. Quelle lecture fait-on au sein de la société civile ? Soleil FM a approché le président du Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo, Monsieur Spero Mahoule. Lecture !!!

  1. Depuis le 19 août 2017, la crise sociopolitique a connu un tournant avec l’entrée en scène du Parti National Panafricain. Après plus de 12 mois de crise, quelle lecture faites-vous au CACIT ?

Nous pensons que malheureusement la crise qui a débuté le 19 août 2017, au lieu de mener à la résolution de la situation sociopolitique, n’a fait que la nouer un peu plus avec la radicalisation de plus en plus des positions. En réalité, rien n’a vraiment changé dans le sens positif, car la crise a plutôt entrainé la militarisation de la ville de Sokodé, la perte de la liberté de manifestation à Kara et à Tchamba et la généralisation des troubles dans d’autres villes comme Afagnan et Tsévié. La crise de confiance entre les acteurs n’a pas diminué, mais au contraire elle s’est aggravée. Le tissu social semble plus divisé entre les partisans de tous les bords avec utilisation abusive  des réseaux sociaux pour les dénigrements et les atteintes à la vie privée.

Cependant, l’échiquier politique a changé avec le PNP et La catégorisation en centriste de certains partis politiques. Enfin des mouvements citoyens ont fait leur entrée dans le giron de la société civile.

 

  1. Les acteurs politiques ont souhaité l’arbitrage de la CEDEAO pour une sortie de crise. Mais depuis, la fumée blanche semble tarder à sortir. Qu’est ce qui bloque la facilitation de la CEDEAO ?

Il est important de relever que les recommandations de la CEDEAO n’ont pas apporté des solutions innovantes à la crise du pays. Ces solutions ont déjà été proposées dans d’autres dialogues que nous avons connus. Cependant, il faut relever l’intérêt de la facilitation de la CEDEAO par rapport au Comité de suivi et à la continuation de la facilitation.

Le vrai problème ce n’est pas les solutions, mais la mise en œuvre des solutions. Et c’est en cela que les politiques pèchent en usant de mauvaise foi à outrance. C’est pour cette raison que nous avons émis la proposition d’un gouvernement de transition composé uniquement par les personnes non partisanes, avec un cahier de charge qui est surtout axé sur les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales.

Les politiques ont mis devant les calculs politiques liés à l’accession au pouvoir, de sorte que la candidature ou non du Président actuel, demeure l’enjeu majeur qui oriente tous les calculs.

Il appartient donc au Comité de suivi de gérer la mise en œuvre, sauf que malheureusement la souveraineté des Etats est souvent réclamée par le gouvernement togolais. Et cela est un autre blocage.

 

  1. Le pouvoir tient à son projet d’organiser des élections avant la fin de cette année, l’opposition représentée au sein de la C 14 qui exige un report de ces élections tant que les conditions d’organisation ne seraient pas améliorées.

La solution à la crise togolaise n’est pas les élections, mais l’amélioration du système démocratique, la meilleure gouvernance, la primauté du droit et la justice sociale. Donc au lieu de chercher à faire des élections dans la précipitation, le Togo gagnerait à faire d’abord les reformes en prenant le temps de faire un travail objectif. Nous proposons donc de donner le temps au temps.

Cependant, nous nous rendons compte que le pouvoir sait qu’il n’y aurait pas consensus sur les textes constitutionnels à l’assemblée nationale et prévoit surtout un referendum. Cela suppose donc que les élections seules sont dans l’entendement des politiques. Dans cette situation, il faut parfaire la CENI et reprendre le processus de façon consensuelle et inclusive.

 

  1. Dans cette dynamique d’aller aux élections avant la fin de l’année, la CENI, encouragée par le gouvernement, a organisé un recensement électoral du 1er au 26 octobre derniers. Des experts de la CEDEAO sont sur le sol togolais pour auditer le fichier. Qu’attendez-vous des auditeurs de la CEDEAO du fichier électoral ?

Nous ne sommes pas sûrs de l’efficacité de ce travail eu égard à toutes les informations qui nous sont parvenues concernant l’enrôlement des personnes sans carte d’identité et des jeunes visiblement sans âge légal de voter. Il faudrait plutôt la publication de la liste des personnes recensées puis la fixation d’un délai de deux semaines pour demander à la population de réagir sur les listes. Et enfin, dans le souci d’un apaisement, donner une période d’une semaine avant les vérifications pour permettre à ceux qui n’ont pas pu s’enrôler de le faire.

Evidemment cela suppose la recomposition au préalable de la CENI avec un bureau refait.

 

 

  1. Le CACIT, c’est le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo. Des violations des droits humains aux scandales financiers, les exemples sont légions. Quelles sont les actions du CACIT pour lutter contre l’impunité ?

L’impunité au lieu de diminuer ne fait que se maintenir malgré la création d’une institution chargée de protéger contre la corruption, qui vient s’ajouter aux autres organes de contrôle qui existaient. Le problème est qu’une minorité de la population est à l’abri de toutes sanctions judiciaires. Les cas d’impunité sont légions et beaucoup d’enquêtes n’ont jamais abouti.

Le CACIT continue de faire le monitoring et le plaidoyer auprès du pouvoir. Les accompagnements juridiques et judiciaires demeurent notre grande contribution pour la protection des citoyens. Et nous continuons par produire les rapports alternatifs aussi bien aux organismes africains que onusiens des droits de l’homme.

Monsieur Spero Mahoule, merci.

C’est moi qui vous remercie.

 

Source: soleilfmguinee.net

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