Interview exclusive de Justin Abalo Kitimbo BADJALIWA : « … sur les 47 détenteurs de droit, au moins 70% ont eu satisfaction après notre intervention… Cependant, l’on continue d’assister aux détentions arbitraires dans certains centres de détention. »

Le CACIT dans le cadre de l’assistance juridique et juridictionnelle qu’il offre, reçoit et accompagne en moyenne une centaine de détenteurs de droits par an. Pratiquement à la fin de l’année 2016, le Collectif a assisté 47 détenteurs de droits, 30 détenus (à la prison civile de Lomé) dont 15 ont recouvré la liberté. L’organisation de défense des droits de l’homme a également assisté une vingtaine de détenus dans les prisons d’Aného, d’Atakpamé, de Sokodé et de Kara. C’est entre autres quelques chiffres rendus publics par le chargé des Droits de l’homme à la Protection-CACIT Justin BADJALIWA.  Dans une interview exclusive qu’il nous a accordée,  M. BADJALIWA revient sur les détails.

L’intégralité de l’interview :

Cacit.org : En quoi consiste votre travail d’Assistant juridique ?

M. BADJALIWA: Ce travail consiste à recevoir, écouter et accompagner les détenteurs de droit sur le plan juridique. Nous sommes souvent amenés à faire du monitoring pour vérifier les allégations de violation des droits de l’homme. Après analyse des faits, on peut interpeler l’auteur de la violation pour faire cesser cette violation, soit procéder à la médiation ou rédiger une plainte et faire le suivi.

 

Cacit.org : Dans le cadre du CACIT, déclinez-nous vos responsabilités ?

M. BADJALIWA : Je suis chargé de :

  • l’assistance juridique des détenteurs de droits,
  • assistance aux victimes de torture
  • suivi des victimes
  • rédactions des plaintes, requêtes et mémoires ;
  • élaboration des rapports ;
  • enrichissement des travaux
  • recherches sur les droits de l’homme et la torture
  • conception, élaboration et exécution des projets etc.

 

Cacit.org : Recevez-vous plusieurs plaintes ? A combien pouvez-vous l’estimer chaque année ?  Depuis le début de l’année, combien de détenteurs de droit avez-vous reçu et accompagné ?

 

M. BADJALIWA: Nous recevons en moyenne 70 détenteurs de droit par an. A ce jour nos avons reçu et accompagné 47 détenteurs de droit.

Dans les lieux de détention nous avons assisté au moins 30 à la prison civile de Lomé et 20 dans les autres prisons  notamment à Aného, à Atakpamé, à Sokodé et à Kara.

 

Cacit.org : Quels sont les cas les plus récurrents ?

BADJALIWA : Les cas de violation du droit au travail notamment les licenciements abusifs, de violences policières, de détention arbitraire, de la violation du droit à la vie.

 

Cacit.org : Obtenez-vous toujours gain de cause pour eux ? Les attentes des victimes sont-elles toujours comblées ?

 BADJALIWA : Nous sommes heureux de vous informer que sur les 47 détenteurs de droit, au moins 70% ont eu satisfaction après notre intervention.

Dans les lieux de détention de mai à octobre 2016, nous avons obtenu la libération de 15 détenus dans le cadre de l’accompagnement juridique  aux détenus.

Dans le cadre du suivi des dossiers des détenus, nous avons contribué à faire avancer ces dossiers. Aujourd’hui la plupart des détenus que nous accompagnons connaissent leur situation juridique ; de surcroît certains sont déjà passés en jugement et d’autres attendent.

 

Cacit.org : Dans les démarches en faveur des détenteurs, avez-vous de bons liens avec les Autorités judiciaires ? Quelle est la nature de vos relations ?

 BADJALIWA : Honnêtement les choses ont changé, nous avons de bonnes relations avec certaines autorités, notamment celles du ministère de la justice, du ministère des droits de l’homme et du ministère de la sécurité. C’est vraiment des relations professionnelles. D’ailleurs ces autorités n’hésitent pas à nous solliciter ou nous consulter lorsque certaines activités ou actions relèvent de notre domaine de compétence.

 

Cacit.org : En votre qualité de défenseur des droits de l’homme, quelle est votre analyse de la situation des droits de l’homme dans le pays ?

BADJALIWA : Disons que depuis quelques années, il y’a eu des avancées, par exemple sur le plan légal, plusieurs instruments juridiques relatifs aux droits de l’homme ont été ratifiés et adoptés, le derniers en date c’est la ratification  du second protocole  du pacte international relatif aux droits civils et politiques visant l’abolition de la peine de mort. Il faut également relever  l’adoption du code pénal en novembre 2015 et sa récente modification portant sur la définition de la torture, conformément à la convention contre la torture et l’intégration de l’imprescriptibilité. En outre l’adoption de la loi organique de la CNDH portant organisation, composition et fonctionnement de l’institution, est une avancée majeure, dans la mesure que cette loi permet à la CNDH d’abriter le Mécanisme national de prévention contre la torture.

La liberté de manifestation et d’expression est une réalité. Cependant, l’on continue d’assister aux détentions arbitraires dans certains centres de détention, la non -exécution des décisions de justice. Les restrictions sur les manifestations publiques, la non-instruction des plaintes déposées par les victimes de violations des droits de l’homme, en violation manifeste du droit à la justice (article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples).

Il est aussi déplorable  de constater que les autorités togolaises ne prennent pas des mesures pour lutter contre  l’impunité, qui reste  toujours d’actualité dans notre pays, malgré les différents rapports et recommandations des organes des traités, qui ont demandé de punir les tortionnaires cités dans différentes affaires.

 

Cacit.org : Sur les conditions de détention

 BADJALIWA : Il y a eu quelques changements dans nos prisons aujourd’hui, les cellules et toilettes sont de plus en plus propres, dans certaines prisons, la surveillance par le corps des surveillants de prison formés à cet effet.

Cependant les préoccupations  persistent notamment :

  • la surpopulation carcérale due à la lenteur dans le traitement des dossiers ;
  • l’alimentation (un repas par jour dans toutes les prisons)
  • la santé avec l’absence des médecins pour prendre en charge les détenus de façon permanente
  • Insuffisance de médicaments
  • l’absence d’une politique de réinsertion sociale des détenus

 

Cacit.org : Un dernier mot

M. BADJALIWA: Ce n’est plus la peine de nos jours de démontrer l’importance des droits de l’homme et la nécessité de s’y engager. René Cassin, l’un des auteurs de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme légitime cela quand il dit qu’« Il n’aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l’homme seront violés en quelque partie du monde ».

C’est vous dire toute  la dimension universelle que prennent les droits de l’homme. Tout le monde est appelé à y contribuer pour le respect des droits de l’homme au Togo, notamment les acteurs chargés de l’application de la loi,  et les défenseurs.

Interview réalisée par Firmin Teko-Agbo

Share Button