Interview : M. AWOUNYON Koffi Sessé : «… acheter un produit fabriqué par un détenu c’est soutenir ce dernier et lui éviter la récidive. »

58Depuis près de trois ans, les actions pour la réinsertion des détenus initiés par le CACIT n’ont cessé d’apporter  leur contribution à la vie socio professionnelle aux détenus  des prisons, notamment celle de Lomé. Lancée en Août 2012, cette action vient en réponse au constat selon lequel, les détenus restent oisifs durant leur détention, ce qui rend le risque de récidive très élevé.

Lors de la 5ème édition de la semaine du détenu le 6 août 2015, le CACIT a fait une exposition –vente des bracelets, boucles d’oreilles et colliers, sortis de l’atelier de montage de bijoux de la prison civile de Lomé. Monsieur Sessé Koffi AWOUNYON, artiste fabricant de bijoux et chargé de la formation des détenus, travaillant en collaboration avec le CACIT, nous donne un aperçu des actions menées au cours des trois ans.

Bonjour M. AWOUNYON Koffi Sessé

AWOUNYON Koffi Sessé : Bonjour

 Pourquoi participer aux festivités de la semaine du détenu ?

M. Séssé: Je suis ici en tant que formateur devant faciliter la réinsertion des détenus. Un projet né d’une collaboration de ma modeste personne avec le CACIT pour venir en aide aux détenus qui veulent éviter l la récidive.  Les détenus sont donc formés sur la fabrication de bijoux et d’objets de décoration durant leur  séjour en prison. Aujourd’hui c’est l’ouverture officielle de la semaine du détenu et le CACIT, et moi, n’avions pas voulu nous faire narrer l’événement. Faisant d’une pierre deux coups, nous avons tenu à réitérer notre soutien aux détenus à travers l’installation d’ un stand pour une exposition-vente des bijoux qu’ils ont eux-mêmes fabriqués.

Comment s’organise ce travail ?

M.Séssé : Suivant notre planning, nous réunissons les détenus en ateliers  deux fois par semaine à savoir les mardis et les jeudis entre 10 heures et 13 heures. De façon plus concrète,  les détenus apprennent non seulement à monter des colliers, des boucles d’oreilles et des  bracelets à partir de perles ou du bois d’ébène, mais aussi à créer de petits gadgets comme des portes clés qui sont après fabrication mise en vente.

Comment vous procurez-vous les matières premières et comment écoulez-vous les produits fabriqués ?

M. Sessé : Ce programme n’a pas un budget propre ; c’est don le CACIT et moi-même qui  fournissons les matières premières. Après les travaux en atelier, on se charge de faire un réel marketing de réseau. Chez nous au Togo, il y a des gens croient à l’existence d’un « esprit de prison » qui selon les dire « envoie en prison toute personne qui entre en possession d’un quelconque objet fait par les détenus ». C’est malheureusement une triste assertion qui empêche la vente des produits fabriqués par ces détenus. Cependant, nous exposons sur tous lieux d’exposition et ventes, lors des concerts ou foires et nous faisons tout notre possible pour convaincre les acheteurs du bien-fondé socio-économique et moral de l’achat de ces produits. Même si  le message peine à passer, on continue d’espérer.

Quelle gestion pour les recettes?

M. Sessé : Les recettes des ventes sont divisées en deux ; une première partie est réinvestie dans l’achat du matériel et des matières premières et la seconde partie est investie dans l’achat des produits de première nécessité pour les détenus. On va même jusqu’à payer des produits pharmaceutiques selon des ordonnances médicales à des détenus qui n’ont pas les moyens.

Nombre de personnes formées à ce jour ?

M. Séssé : A ce jour sans compter ceux qui sont déjà libérés nous avons 87 détenus qui suivent la formation de montage de bijoux. Et au-delà de ce chiffre permettez-moi d’exprimer ma fierté vis-à-vis de ce jeune artiste de la chanson et ex-détenu, j’ai nommé Génie PS qui après sa sortie a continué la formation et travaille actuellement avec moi. Il se nourrit désormais de cet art, et quiconque achèterait ses produits l’aide à ne plus tomber dans le piège de la récidive.

Un mot de fin ?

M. Séssé : Nous lançons un appel aux  uns et aux autres à cultiver un esprit de tolérance et d’acceptation vis-à-vis des détenus.  J’ai l’habitude de dire qu’acheter un produit fabriqué par un détenu c’est soutenir ce dernier et lui éviter la récidive.  Faites un tour à la prison civile de Lomé ou au siège du CACIT pour s’offrir un objet fabriqué par un détenu ; ce serait un geste héroïque, car vous auriez le mérite de contribuer à la réinsertion sociale d’un détenu.

Je vous remercie.

 

Joël Kokou DJADJAVI

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.