Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture : interview accordée par Spéro MAHOULE, Président du CACIT

Le Président du Conseil d’Administration du CACIT, Spéro Kodjo MAHOULE.

Flambeau des Démocrates : Monsieur le président bonjour, vous présidez une grande organisation qui  est reconnu pour son savoir faire en matière de soutien aux victimes ? Le 26 juin, qu’est ce que cela représente pour vous ?

Président du CACIT : Merci beaucoup pour la démarche, la journée de 26 juin, est une journée internationale consacrée par les Nations Unies pour le soutien aux victimes de torture, c’est une manière de manifester notre solidarité envers ceux dont  le mental, ou le physique a été atteint par les actes de torture. Nous avons une pensée positive pour toutes les victimes de torture dans la perspective de leur réhabilitation, car c’est vraiment ce dont elles ont besoin.

Flambeau des Démocrates : Aujourd’hui, est-ce qu’il  est évident de dire que la torture  est toujours d’actualité au  Togo ? Autrement dit quel bilan faites vous de la situation de torture

Président du CACIT : Il faut dire que les organisations de défense des droits de l’Homme ne vont pas créer de l’histoire, en réalité, les faits sont têtus, et donc, lorsque nous faisons un tour dans nos bases de données, on constate qu’il y a des victimes de torture qui se font enregistrer en vue d’être soutenues. Ces victimes déclarent souvent avoir subi des actes de torture dans les lieux de garde à vue et autres lieux de détention et parfois sur le terrain des manifestations publiques.

Flambeau des Démocrates : Dites-nous  un peu ce que vous faites pour soutenir les victimes de torture ?

Président du CACIT : L’assistance aux victimes  de violation  des droits de l’Homme et en particulier aux victimes  de torture est au cœur des activités du CACIT .Disons que c’est l’essence  même de l’organisation. Il faut noter que la  victime de torture est déjà une personne vulnérable et de ce fait elle a nécessairement besoin des soutiens. Au CACIT  nous apportons plusieurs types d’assistance, mais les plus récurrentes sont la prise en charge psycho médicale, l’assistance juridique et l’assistance sociale.

Par l’assistance psycho médiale, nous mettons généralement des médecins et psychologues à la disposition des victimes, pour les médecins, il est question de les soigner de leurs séquelles physiques, à travers la consultation, les examens médicaux et para médicaux et le suivi médical.

La prise en prise en charge psychologique est faite par des psychologues, qui par des séances de thérapie parviennent à  restaurer l’état mental des victimes de torture traumatisé par des évènements qu’elles ont subi.

Sur l’assistance juridique, c’est la saisine des juridictions  nationales, régionales et internationale  en faveur des victimes de torture. A ce jour nous avons déjà saisi les juridictions nationales à travers 32 plaintes, qui ne sont malheureusement pas instruites à ce jour. Toujours dans le souci de rechercher justice et réparation pour les victimes de torture, nous avons saisi la Cour de justice de la Communauté CEDEAO  par au moins 15 requêtes. Nous avons déjà obtenu au moins 6 décisions de cette cour. Le travail est toujours immense et nous nous efforçons pour y arriver.

Sur le plan social, il est question d’apporter une assistance sociale aux victimes. De pat notre expérience, la plupart des  sont sans emplois. Certaines sont des anciens militaires, ou fonctionnaires de l’Etat qui ont tout perdu notamment l’emploi. Pour ce faire nous renforçons les capacités de ceux qui désirent entreprendre. Après nous leur soutenons dans le cadre de la réalisation de leurs activités génératrices de revenues.

Les victimes indirectes c’est-à-dire les femmes, les enfants sont aussi concernés par cette assistance. Pour les femmes, elles sont accompagnées pour la réalisation de leurs activités génératrices de revenus, pour celles qui disposent déjà d’un commerce, nous nous renforçons leur capital.

Pour soutenir les parents à la rentrée scolaire, nous les faisons un appui en termes de prise en charge des frais de scolarité et  l’achat des kits scolaires. Près de 250 enfants ont été prise  en charge depuis 2014.

Flambeau des Démocrates : Quel sont les défis auxquels vous êtes confrontés  actuellement ?

Président du CACIT : Les défis sont nombreux, mais  les plus importants  peuvent être évoqués à trois niveaux. D’abord la question de la lutte et la prévention contre la torture, si le cadre légal  notamment le nouveau code pénal   et la  nouvelle organique de la Commission Nationale des Droits de l’Homme  offrent aux victimes de torture une certaine  protection, il est constant d’observer depuis des deux dernières années particulièrement à la faveur de la crise socio politique que plusieurs personnes ont été victimes de torture principalement dans les lieux de garde à vue. Plusieurs rapports des organisations de défense des droits de l’Homme le révèlent. L’ambassade des Etats Unis  au Togo a d’ailleurs publié un rapport, en mai 2018 sur la situation  des droits de l’Homme au Togo, cette institution n’a pas manqué de faire un focus sur l’usage excessif de la forces ayant conduit  à plusieurs victimes.

Au surplus, ce qui est encore inquiétant, en dépit des allégations de torture sur des citoyens, l’Etat ne prend pas la mesure de la situation  pour ouvrir  des enquêtes comme recommande la jurisprudence pertinente du Comité contre la Torture et le comité des droits de l’Homme. On est souvent habitué à l’annonce de l’ouverture de enquête mais sans suite. Ce qui naturellement encourage l’impunité.

Ensuite, nous sommes très préoccupés du sort réservé aux victimes de torture, qui continuent de vivre sans réhabilitation ni réparation. Plusieurs victimes de torture n’ont pas eu réparation. L’Etat a l’obligation  de faire réparation à toutes les victimes de torture conformément ‘’aux principes fondamentaux et  directives concernant le droit à un recours  et réparation de violations flagrante du droit international des droits de l’Homme et de violations graves du droit international humanitaire’’ (résolution 60 /147 du 16 décembre 2005). En effet ces directives sur la réparation prévoient clairement que la réparation pour qu’elle doit complète doit comporter la restitution, la réadaption, la satisfaction, l’indemnisation  et les garantie de non répétition.  ,

Enfin, il n’est un secret pour personne sur l’insuffisance des ressources financières pour accompagner les victimes, du coup notre organisation s’appuie sur ses partenaires notamment l’OMCT et le HCDH pour apporter son soutien aux vicitmes de torture. C’est ici l’occasion  de rendre un hommage mérité à tous nos partenaires, grâce à qui certaines victimes de torture survivent.

Flambeau des Démocrates : Votre mot de fin monsieur le président

Président du CACIT : Au CACIT, nous avons toujours estimé que c’est l’impunité qui continue par nourrit le crime, et par conséquent, plus on prendra des dispositions pour sanctionner les présumés coupables de torture, moins nous aurons les victimes à charge.

L’Etat devrait penser à d’autres mécanismes pour prendre en charge les victimes de torture afin de les réhabiliter, car  elles en ont toujours besoin et c’est leur droit aussi.

Je vous remercie,

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