Naturalisation expresse de Mamoudou GASSAMA, coïncidence ou récupération politique ?

Mercredi 30 mai 2018 à 15h, la Commission des lois entend Gérard Collomb, Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur sur la très controversée loi « Asile-Immigration ». Au même moment le jeune Mamoudou Gassama se voit offrir une « naturalisation expresse ».

Coïncidence ou récupération politique ?

Mamoudou Gassama 22 ans, a vu le cours de sa vie changer après avoir sauvé un enfant.  Immigrant sans papiers arrivé en France en Septembre, son histoire fait le tour du monde à la vitesse de l’éclair. Le lundi 28 mai, il a été reçu par Emmanuel Macron à l’Elysée pour ses actes de bravoures, ce dernier ayant déclaré « Comme c’est un acte exceptionnel, tout ça, on le fera évidemment dès aujourd’hui : régulariser tous vos papiers et, si vous souhaitez, on va engager une procédure de naturalisation pour que vous puissiez devenir Français ».

Success story par excellence, on ne peut que se réjouir de ce dénouement pour Mamoudou Gassama et en oublier le sort de dizaines de milliers d’autres immigrants sans papiers qui n’auront pas la chance de s’entretenir avec le Président de la République sous les ors du palais de l’Elysée. Cet happy ending garde un goût amer de farce, face à la menace que représente la loi Asile et Immigration pour un grand nombre de personnes étrangères.

Cette loi, si elle est adoptée par le Sénat va affaiblir les garanties des droits fondamentaux et accentuer la maltraitance institutionnelle des personnes étrangères. Parmi les propositions décriées de cette loi on compte :

  • La réduction du délai de recours devant la CNDA[1] de 30 jours à 15 jours
  • L’allongement de la durée de la rétention administrative jusqu’à 90 jours
  • Le bannissement des personnes étrangères et la systématisation des interdictions de retour sur le territoire français.

Ces nouvelles propositions dessinent trois (03) objectifs dangereux.  D’une part, la réduction du temps d’instruction de la demande d’asile qui derrière un objectif humanitaire (il est important de protéger rapidement les gens qui sont reconnus comme ayant besoin de la protection) cache un effet pervers car cela permettra de renvoyer plus rapidement les déboutés de l’asile.

Le deuxième objectif de cette loi est d’expulser plus facilement les personnes qui ne bénéficient pas de la protection en augmentant le temps de rétention de 45 jours à 90 jours.

Enfin, devant la complexité de la procédure envisagée, le troisième but de cette loi est tout simplement de dissuader les migrants de venir en France.

Avec 100 412 demandes d’asile introduites devant l’OFPRA[2] pour l’année 2017, et des chiffres en constante hausse il semblerait que le gouvernement n’aura pas les moyens de sa nouvelle politique.

La naturalisation expresse de Mamoudou Gassama semble être l’arbre qui cache la forêt.

 

Léa BOUDET

[1] Cour National du Droit d’Asile

[2] L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) est un établissement public administratif chargé d’assurer en France l’application de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et de la Convention de New York de 1954

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