« La prison ne peut pas manquer de fabriquer des délinquants. Elle en fabrique par le type d’existence qu’elle fait mener aux détenus » Michel Foucault

A travers cette observation faite il y a 25 ans, Michel Foucault dénonçait déjà les conditions de « vie » des détenus. La Prison Civile de Lomé, comme beaucoup d’autres, pourrait se faire l’illustration moderne des propos de Michel Foucault. Les détenus sont confrontés à la surpopulation, le manque de nourriture, la vétusté des locaux, l’insalubrité, les fréquentes agressions entre codétenus, l’absence de personnel de santé disponible… Et cette longue liste ne s’arrête pas aux murs de la prison :  l’absence d’une réelle politique de prévention de la récidive et de la réinsertion sociale, l’insuffisance des moyens financiers alloués à l’administration pénitentiaire et la non application de l’aide juridictionnelle sont autant de raisons qui participent à la déshumanisation des conditions de détention de la Prison Civile de Lomé[1].

Les besoins les plus élémentaires des détenus ne sont pas respectés, en dépit des règles internationales établies[2], les prisonniers ne reçoivent qu’un seul repas par jour.

En date du 29 novembre 2017, le nombre total de détenus était de 1774 pour une capacité de 666 détenus soit un taux de surpopulation de 266%.  Cinquante-sept (57) détenus peuvent se retrouver à partager des bâtiments prévus pour 15, on imagine alors aisément la fournaise dans laquelle sont sujets ces lieux de « vie ». Cette promiscuité combinée aux conditions d’hygiène (absence des systèmes d’aération dans certains quartiers, nombre ridiculement faible de sanitaires) favorise la propagation des maladies qui se développent rapidement. Là encore, les moyens alloués au personnel de santé, aux médicaments, et au transport des prévenus malades vers des structures spécialisées n’est pas de taille face aux défis que représente la Prison Civile de Lomé.

L’une des raisons qui explique la précarité dans laquelle se trouve la Prison Civile de Lomé est le nombre élevé de prévenus (579 contre 463 condamnés) qui restent en détention parfois durant des années, avant même leur jugement.

Aujourd’hui, la surpopulation et le manque de personnel restent des problèmes majeurs. Néanmoins des progrès sont à noter avec la construction et l’ouverture de la Prison civile de Kpalimé en 2016, l’adoption du Nouveau Code Pénal en 2015 incriminant la Torture et les Traitements inhumains et dégradants dans ses articles 198 et 199. Les libérations conditionnelles et provisoires sont plus régulièrement accordées, il en va de même pour les remises de peines et les grâces présidentielles.

Toutes ces mesures sont autant de pas dans la bonne direction, cependant le chemin de l’humanisation de la Prison Civile de Lomé est encore long.

Léa BOUDET

[1]                       Rapport d’activités annuel de la Prison Civile de Lomé 2017, CACIT.

[2]                       Voir l’ensemble de règles minima révisées des Nations Unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela), adoptées à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2015. Cet ensemble de règle présente les normes minima de bonne organisation pénitentiaire, pour garantir notamment le respect des droits des détenus.

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